vendredi 15 décembre 2017

« Leurs philosophies se complétaient »


« J'étais ce que les flics appellent un "incorrigible ». J'avais passé deux semaines peinard avec les autres, et puis je m'étais fait piquer à me servir un supplément de steak, au dîner, où on avait chacun son petit bout de viande.
Le jour où on m'avait renvoyé au Trou, les Musulmans [Black Muslims] avaient tenu congrès dans la cour annexe. Ils vous assenaient leur salade raciste, et se débinaient dès qu'il y avait de la bagarre. Ils vous expliquaient cet assez lâche comportement en prétendant que le diable blanc voulait les pousser à se battre, et qu'ils ne tomberaient pas dans le panneau.
Les Nazis [détenus blancs racisteset les Musulmans s'entendaient généralement assez bien. Leurs philosophies se complétaient ; chacun de ces deux groupes était certain de sa propre supériorité raciale, aucun des deux ne se montrait exagérément agressif. Ils se laissaient réciproquement tranquilles ; chacun avait son terrain. Cette fois-là, cependant, il s'était trouvé quelques Nazis dans les parages lorsqu'un des Musulmans avait commencé son discours sur les hommes blancs, incarnations du démon. Les Nazis, sous peine de perdre la face, étaient forcés d'intervenir.
Les matons, de la passerelle, observaient la scène. Leur stratégie, en l'occurrence, avait consisté à ne pas s'en mêler, jusqu'à ce que les Musulmans aient l'air d'avoir le dessus, sur quoi les matons étaient intervenus, avaient emballé les Noirs, et conduit tout le monde au Trou. Je m'y étais donc retrouvé entouré de Musulmans s'excitant mutuellement, comme des prédicateurs de bas quartier. Ce que je ne savais pas, c'était que tous ces sermons étaient à mon bénéfice : ils essayaient de me convertir.
Leur dénonciation de la race blanche m'ayant laissé froid, leur chef, Lamar Rivers, m'avait appelé, et m'avait demandé mon nom. Rivers connaissait sa doctrine comme pas un. Il avait la langue bien pendue et pouvait rester debout toute la nuit à vous débiter les analyses d'Elijah Muhammad.
Il ressemblait au type qu'on voit sur les boîtes de café Hill Brothers : il était grand et d'autant plus maigre qu'il jeûnait tout le temps. Le mec s'imaginait qu'il avait un don de prophétie - tout ce qu'il vous disait sortait de la bouche du Messager d'Allah. Il m'avait posé un tas de questions sur moi-même, comme mon âge et d'où je venais. Quand je lui avais dit que j'avais dix-sept ans, il était devenu des plus sérieux, tout à coup. Quelqu'un, au-dehors, devait me trouver un avocat, disait-il ; je devais déposer une plainte contre l'Etat pour incarcération illégale dans ce pénitencier. Je pourrais être dans les rues, et riche, disait-il, si j'introduisais une action judiciaire. Mais je me foutais pas mal de toute cette salade juridique ; les seuls avocats que je connaissais étaient des escrocs. Je restais sourd à ses conseils.
Il m'avait demandé si je mangeais du porc. Je lui avais répondu que j'en mangeais chaque fois que j'en avais l'occasion, que c'était ma viande préférée. 
Lamar était très énervé, soudain.
- Tu ne sais donc pas que Mahomet nous interdit de manger du porc ?
(Je l'ignorais, à l'époque, mais Red Nelson, le directeur adjoint, essayait de détruire leur organisation. Il avait tous les Musulmans sous la main, au Trou, et les affamait, en ne leur faisant servir que du porc, trois fois par jour. Lamar avait ordonné à ses disciples de jeûner, et aucun d'eux n'avait mangé pendant près de quinze jours.)
Je restais là, assis, à observer, et à engraisser d'autant mieux que les gardes me donnaient toute la viande que les Musulmans refusaient. Rivers insistait quotidiennement pour que je renonce au cochon. Je ne l'écoutais même pas. Ça me faisait rigoler, de penser qu'on m'avait fourré au Trou parce que je mangeais trop, et que j'étais là à me bourrer, en guise de punition. »

(James Carr, Crève !)

Colorblind


Émeutes à Bouira

                                                                       

« Des affrontements entre étudiants de l’université Akli Mohand Oulhadj de Bouira et les services de police ont éclaté ce lundi à proximité du campus, a-t-on constaté sur place. 

Les étudiants empêchés par un diapositif (sic) impressionnant des forces antiémeutes de sortir dans la rue pour marcher contre la marginalisation de la langue Amazighe, ont été bousculés et repoussés de force par des policiers. Quelques jets de pierres ont été lancés (sic) en direction des policiers qui ont répliqué avec des pierres aussi. 

Par ailleurs,  la grève enclenchée par les lycéens dénonçant la marginalisation de la langue Amazighe se poursuit dans la wilaya de Bouira. Plusieurs établissements scolaires implantés dans des communes berbérophones de la wilaya ont été paralysés ce lundi par la grève décidée par les élèves. 

A M’Chedallah, 45 km à l’est de Bouira, les lycéens et même des élèves du cycle moyen, n’ont pas rejoint leurs établissements, a-t-on appris de sources locales. Des renforts de forces antiémeutes ont été déployés à travers plusieurs quartiers, a-t-on constaté. Un autre dispositif policier a été mis en place visant la sécurisation des édifices publics et autres sièges d’administrations. »

(El Watan, 11/12/2017)

jeudi 14 décembre 2017

To strike purifies (a call for support this saturday in London)


In order to get themselves clearly heard and understood by their filthy bosses, the Holiday Inn's strikers are intent on demonstrating on Saturday, December 16th, in front of the Intercontinental Hotel Group's (IHG) registered office in London (this very group owning the Holiday Inn company). International pressure put on those usual hostelry's slave-holders could be decisive here, as much as concrete solidarity expressed to the parisian suburb's workers on strike, who have been fighting for their rights for nearly two months (57 days, to be exact).  So, to the London comrades : come and support them !

***

« We're forced to clean seventeen rooms a day, sometimes twenty or twenty-two rooms a day... But it can take one hour just to clean a single one ! The worst is for those working women placed under the four hours a day contract. Those ones are even less paid, although still doing their seven or eight hours a day. That's just slavery.

(...)

The hardest point is that one always has to lay claim, if he wants to be paid, Sibidé, a 55 years old striker says, sitting on a plastic crate, with a cap on his head. His own job is to clean the hotel's floor. If we do extra hours, they don't pay for it. And if we claim for additionnal payment, they just wait till we get tired of it, till we give up asking. Then, they don't have to pay.
He makes 1100 to 1200 € per month, including week-ends and public holidays. His salary never increased in ten years of work. With a sour look in his face, he can't stand staring bitterly to the Holiday Inn's table of fees, behind him : until 450 € a night. The girls working here clean three of these rooms per hour, he protests angrily, raising already more than their salary... » 

(Le Monde, 11 / 12 / 2017)





L'enfant

L'enfant au hibou
(William Degouve de Nuncques, 1892)

So far so good ?


So far so good ? *

“10 years ago, in the same kind of meeting as today, if you’d said «white» [1], people would have broken the furniture. Today, thanks to the Indigenous of the Republic, thanks to Houria [2] one can say « the whites ».” 

Eric Hazan [3]

Unfortunately we are still unable to prove wrong what Eric Hazan has said above. He is the publisher, classified as extreme left, of the latest explicitly anti-semitic pamphlet by Houria Bouteldja Whites, Jews and us, whose enormously repulsive character has not caused as many reactions as it would deserve. The categories and vocabulary of the ideology of racialisation, which for some time has been taken up in political organizations and milieus that range from the extreme left to the libertarians, are now becoming the norm and are establishing their hegemony. This vocabulary is being imposed insidiously, without being either discussed or argued. Moreover, many people are unable to politically support these untenable positions, except through affirming tautological assertions and false evidence. A semantic shift is already, for the most part, being operated : the terms “race”, “white”, “non-white”, “racialized,” “racialization”, “decolonial” have overnight become analytical categories considered relevant, necessary, and are even promoted as tools with a perspective for emancipation, whereas we see this as a catastrophic failure.

We live in an epoch of generalized crisis conducive to confusion, which thrives in counter-revolutionary currents, currents which are threatening or even murderous like the red-fascists, such as racist shopkeepers like [Alain] Soral and Dieudonné [M’bala M’bala] or variants of political Islam. So some find nothing better to do than to resurrect race theory by rehabilitating cultural, social and religious attributes in line with the ethno-differentialism of the Nouvelle Droite [4]. The turnaround has gone to the point that the mere questioning of the ideology of racialisation has become impossible, both in public meetings and on the websites of activist circles, who operate a real censorship in these places. All this thrives and takes hold particularly by using the blackmail of guilt through which the proponents of this ideology manipulate the situation. Ironically, today, to refuse the terms of “Race” or “Islamophobia [5]” gets you exposed to the infamous accusation of racism, aimed at stifling any possibility of debate, of critique or of refusal. Some anarchists manage to outlaw the slogan “neither God nor master” under the pretext of “Islamophobia” and some Marxists believe that to be antiracist it is vital to add “race” to class. In fact the term “race”, which was until recently the preserve of the far right, finds itself today added to all sauces. Promoting identities and cultural or religious communitarianism have never had any other function than the maintenance of social peace.

The task of a break around these issues must be clarified and worked at thoughtfully. There´s good reason to believe that, in the current situation, racialisation ideology can only lead to the war of all against all. This political offensive is fraught with consequences for everybody, and from a revolutionary point of view it’s a point of rupture. Where will we be if, after a bit of time, it should prove victorious ? Sooner or later we will have to choose sides and the sooner the better.

Summer 2016,
Assembly of mixed revolutionaries, non-mixed in class
tuttovabene@riseup.net
https://tuttovabene.noblogs.org

We call for this text to be circulated as widely as necessary, and it can be used to stimulate discussion, debate and confrontation.

* Reference to the quote in the movie La Haine (1995) : “Heard about the guy who fell off a skyscraper? On his way down past each floor, he kept saying to reassure himself: “So far so good..” “So far so good…”. How you fall doesn’t matter. It’s how you land!”. (Tn.)

__________________
Footnotes

[1] In France, up until a few years ago, any discourse containing the word “race” or any assumption about people based on the color of their skin would have been deemed as racist, extreme right politics. A certain part of the extreme left has embraced all the concepts related to “race” originating from American Universities. Organised non-mixed „racial“ groups are now a common thing. (Tn.)

[2] Houria Bouteldja is the leader of the PIR (Indigenous of the Republic Party) who is constantly in the media and the writer of the anti-semitic pamphlet Whites, Jews and us. She declares herself against mixed marriages and against “state philo-semitism”, a supposedly republican state ideology dominated by or pushed for by Jews. (Tn.)

[3] Eric Hazan is a famous French editor who advocates alliances with the police during social struggles. Close to the “Invisible Committee”, he is now a fierce defender of “racialisation” and of Houria Bouteldja whose book Whites, Jews and us he edited. (Tn.)

[4] The “New Right” is a school of thought following Alain de Benoist and the GRECE (Research and Study Group on European Civilization). Nouvelle Droite arguments can be found in the rhetoric of many major radical right and far-right parties in Europe such as the National Front in France, the Freedom Party in Austria and Vlaams Belang in Flanders (Belgium). (Tn.)

[5] A term that was recently exhumed by religious leaders to defend their religion, with the trick of being able to assimilate any critics of islam as a religion to racism. Affirming atheism is presumed to be a racist threat to people who are defined as Muslim, people who are of many colours and types. This term is now proliferating amongst a certain part of the extreme left, even marxists or anarchists. (Tn.)

Romantisme (1959)

mercredi 13 décembre 2017

Alexis Grigoropoulos

                         
                                                                      Thessalonique

Voilà presque dix ans, maintenant, que Alexis Grigoropoulos, 15 ans, était assassiné froidement, d'une balle tirée à bout portant, par un policier à Athènes. L'adolescent est mort dans les bras de son ami, Nikos Romanos, lequel est actuellement incarcéré en Grèce pour une durée prévue de 15 ans. L'exécution d'Alexis Grigoropoulos entraîna, de manière immédiate, un soulèvement de toute la jeunesse grecque révoltée, que celle-ci se présente formellement ou non comme anarchiste. Les émeutes qui suivirent se trouvèrent bien entendu pleinement justifiées, en outre, par le traitement inhumain réservé, par la barbarie libérale européenne, à toute une population frappée d'austérité. En sorte que les prisons de la gauche de gouvernement (SYRIZA) sont, aujourd'hui, remplies de rebelles essentiellement coupables (quoi qu'on puisse penser, par ailleurs, des idées et programmes étant les leurs) de ne s'être point résigné à ce lamentable état de fait. Les 6 décembre fournissent ainsi, depuis 2008, pour cette Grèce rebelle, l'occasion de soutenir les luttes carcérales de ceux et celles-ci, et de se souvenir vigoureusement de la mort de leur compagnon, dont le spectre furieux revient alors hanter les jours (et les nuits) des collègues stipendiés de l'assassin.    

                      
                                                                       Athènes

mardi 12 décembre 2017

Durkheim, un centenaire


Que l'homme ne puisse jamais être compris que comme être social, aucun doute. Que l'individu, inversement, ne puisse jamais se trouver simplement réduit à la société dont il participe (se contentant juste, dans cette hypothèse, de l'exprimer comme porteur, comme mode inessentiel), aucun doute non plus. Les statistiques d'une société donnée (le taux de suicide moyen, par exemple, affectant chaque année ses membres, en fonction de paramètres objectifs divers) présentent donc bien un intérêt de connaissance, permettant d'en finir avec l'explication abstraite (purement individuelle) de faits sociaux : explication par la liberté, explication métaphysique, c'est-à-dire, finalement, non-explication. Voilà l'idée, libératrice. On peut comprendre rationnellement la société. La prétention épistémologique fondamentale à édifier des typologies sociales est recevable. Elle est même spontanément critique, sinon franchement révolutionnaire : briseuse de théologie. Mais telle est aussi l'ambiguité de ce positivisme sociologique d'origine française (dont Durkheim fut le représentant éminent à la suite de Comte) que ladite louable ambition de dresser des types, de dépasser l'individuel dans le général, pèche aussitôt par idéalisme dès qu'elle en vient, emportée par son enthousiasme, à nier désormais toute valeur théorique à l'expérience individuelle, toute valeur épistémologique au monde vécu, considéré maintenant avec mépris, comme simple expression pauvre (simple matériau pré-scientifique) d'une vérité accessible uniquement dans sa systématicité sociale (et la reproduction autonome, automatique de celle-ci). Une sociologie pertinente serait donc celle capable de se situer dans un aller-retour dialectique permanent entre système social et expérience, sans privilège accordé à l'un ou l'autre  et même - surtout - en assumant le caractère moteur de leur interaction. Une société ne s'expliquant dans son fonctionnement que par les lois impénétrables de sa structure propre, sans intervention réelle des individus qui la composent, serait un mythe idéaliste, l'idéal du cybernéticien, de l'ingénieur-système totalitaire. Reconnaître (bien obligé) la réification contemporaine généralisée, admettre que chacun se trouve réduit sous le capitalisme au statut de marchandise (de l'ouvrier jusqu'à l'intellectuel de gauche soi-disant le plus critique et affranchi) n'équivaut pas à se satisfaire d'un tel état, ni même à ne pas voir qu'il se trouve déjà objectivement rongé par le négatif historique. Reconnaître la force réifiante, et organiciste, du système marchand, c'est seulement faire preuve de lucidité dans le diagnostic, sans préjuger d'une réplique possible. La société de classe, la société capitaliste est en effet une société essentiellement contradictoire : on ne peut, de fait, la comprendre (et la combattre) qu'avec des instruments et selon une optique générale eux-mêmes contradictoires. La vérité sociologique ne saurait donc présenter, sur le plan de la méthode, les mêmes critères cartésiens de clarté et distinction (de positivité) que les vérités biologiques ou physiques. La société n'est point ce gigantesque organisme dont les individus ne seraient ainsi que les cellules par elles-mêmes insignifiantes. C'est pour cette raison que le recours à Durkheim dont se revendiquent aujourd'hui des théoriciens soi-disant critiques (comme Axel Honneth, en premier lieu) suffit à situer, dans l'instant, la teneur réelle de cette critique. C'est en cela que la rigueur absolue des distinctions bourdieusiennes apparaît juste insupportable. Car le déterminisme incontestable des structures sociales ne saurait conférer à celles-ci ni une prééminence a priori sur l'expérience des individus, lesquels demeurent, en dépit de tout, les auteurs réels (contrariés, certes, aliénés et tout ce que vous voudrez) de leur propre histoire, ni - métaphysiquement, anhistoriquement - une forme de vie autonome : ce ne peut être les structures qui vivent selon leur propres lois, telles des sujets géants simplement substitués aux sujets individuels. Ce remplacement structural du sujet, tour de passe-passe idéologique consistant, au fond, sous couvert d'anti-idéalisme, à élever la structure elle-même (l'organisme social) au rang de Sujet historique (au reste, dans l'opération et pour parler clair, l'histoire disparaît) est exactement ce que reprochait lucidement (mais hélas ! sans plus de conséquence) Canguilhem à Foucault, notamment lors de sa soutenance de thèse. C'est exactement ce qu'Adorno, quant à lui, méditant sur Durkheim, identifie, à sa manière psychanalytique, comme pur retour du refoulé idéaliste. Expulsé brutalement de sa propre expérience individuelle, le sujet revient dans la théorie durkheimienne comme sujet collectif absolument dominant. 

lundi 11 décembre 2017

La question à mille balles


« Pour que l'on puisse parler d'extériorisation et d'aliénation, ne faut-il pas que l'on présuppose un être ou une réalité "précédant" l'extériorisation et l'aliénation ? Pour qu'il puisse y avoir dépassement de l'aliénation, réconciliation totale, ne faut-il pas qu'il y ait une "réalité" qui soit devenue étrangère - à travers l'aliénation - et avec laquelle il y aura ré-conciliation ? Mais ce qui s'extériorise et s'aliène, ce dont l'histoire tout entière n'est qu'histoire de déssaisissement, peut-il n'avoir jamais encore existé dans toute la vérité de sa réalité ? »

(Kostas Axelos, Marx penseur de la technique

Connecter, dans les ruines


« Seule est visible la signification anarchiste de ces rencontres, de ces émotions : on collecte, on fouille dans les ruines, on sauve, mais sans ajustement substantiel. Le regard qui désagrège, qui fait tomber en ruines, gèle en même temps le fleuve multiple, le fige (en gardant sa direction), immobilise même à la manière éléatique l'imagination et ses entrelacs très divers. Cela fait également de cette pensée philosophique une tête de méduse, selon la définition que donne Gottfried Keller de la Méduse : "l'image figée de l'agitation". Mais la "revue" impétueuse, en traversant la philosophie surréaliste, met au jour un autre "kaléidoscope" au milieu des significations sauvées des ruines. »

(Ernst Bloch, Surréalismes pensants, in Héritage de ce temps)

« Une trace ne cesse d'être muette, n'en vient à parler, que si elle entre en connexion avec d'autres (ce n'est pas le souvenir qui est refoulé, mais ce sont les connexions). »

(J.-B. Pontalis, Avant)

dimanche 10 décembre 2017

Trump joue l'apaisement





C'était mieux avant

                                                          Hazan-NTM : 1-0             

« Mon cerveau fume, j'ouvre les yeux 
Les faussaires sont partout 
Oui, ces individus qui crachent seulement sur Le Pen 
Et entretiennent le même style de haine 
Du genre complètement manipulé 
Par des pseudos suppôts de prophètes 
Le décalage est certain 
Mais, maltraitant le bâtard 
Qui se dit blanc, qui se dit beur, qui se dit noir 
NTM est l'impact sans aucun sens du tact 
Se déjouant de toute attaque 
Des ennemis de la liberté 
Fils de pute qui réfutent et se butent 
Dans les préjugés dépassés » 
(Suprême NTM, Saint-Denis, 1990)


« Il y a dix ans, dans la même réunion qu'aujourd'hui, si on avait dit "blanc", les gens auraient cassé le mobilier. » 
(Éric Hazan, café Le Lieu Dit, 17 mars 2016) 

Apprentissage de la lecture : non à la méthode globale !


World of Warcraft


« De fait, la frontière entre le jeu vidéo et la situation de travail dans une économie de l'information se réduit souvent à peau de chagrin. Maximiser des paramètres, traquer des optimums, stocker, accumuler sans fin des actifs, acquérir des compétences multiples, interagir avec un monde réduit à des données opérables, sans oublier une foule de microtâches à acquérir, sans intérêt par elles-mêmes, en vue d'une satisfaction différée : je viens de jouer à World of Warcraft, le jeu de rôle en ligne le plus joué de la planète. Pourtant, rien ne me semble plus éloigné du pur divertissement ou de l'idée que l'on s'en fait.
Ces analogies ne sont pas le fruit du hasard ni même simplement le reflet de l'esprit de l'époque, elles tiennent manifestement à l'infrastructure des jeux vidéo. Ces derniers se jouent face à un ordinateur, machine symbolique, qui est une des composantes de base du monde actuel. Essayez de supprimer en pensée les ordinateurs et notre monde s'écroule aussi sûrement que si on lui retirait le pétrole. Et c'est avec cela qu'on joue.
Le jeu vidéo n'est pas simplement une forme d'expérience originale à consommer, c'est aussi un laboratoire pour les formes de la subjectivité, une petite technologie de soi par laquelle se produire comme sujet conforme à l'ordre du monde digital. »

(Mathieu Triclot, Philosophie des jeux vidéo)

Rue barbare

                           
                                            
Giraudeau et Donnadieu en free-fighters, Christine Boisson en rouge, Jean-Claude Dreyfus, Jean-Pierre Kalfon. Plus, maniant le couteau ou tout objet contondant possible, avec sadisme et délectation, respiration haletante (voir, en particulier, la scène de crime du fameux Cobra, décrivant sa sombre passion peu avant de succomber), toute une tripotée de beaux voyous secondaires, en cuir et assemblées mixtes.
Sans oublier Bernard Lavilliers. 
On était jeunes, alors.
Faut se mettre à notre place.

Critique de la séparation



samedi 9 décembre 2017

Tabernacle, mais qui est donc Anne Archet ?

(Pour aller y voir de plus près, 
clique donc là-dessus, bébé)


« Qui suis-je ?

Qui est Anne Archet ? Tout dépend de qui vous êtes.

Si vous êtes marxiste, je suis une «petite bourgeoise intellectuelle et individualiste» et donc, fondamentalement, une ennemie de classe.

Si vous êtes nationaliste québécois, souverainiste, patriote ou même pur-et-dur-orthodoxe-sucré-sans-sucre, je suis une «traître à la nation objectivement alliée au fédéral»; je ne fais hélas pas partie de «l’argent et du vote ethnique» car je n’ai pas un sou vaillant et je ne vote jamais. Si vous êtes un fédéraliste à la sauce chrétino-trudeauiste, je suis une «pouilleuse qui en veut au plus meilleur pays au monde et qui veut nous enlever nos belles rocheuses».

Si vous êtes social démocrate ou même vaguement de gauche, je suis une «crypto-libérale qui critique les acquis de l’État providence et qui fait le jeu de la grande entreprise». Mais si vous êtes libertarien ou simplement un libéral orthodoxe, je suis très certainement une «crypto-étatiste qui sous des couverts d’anarchisme fait le jeu des syndicats et des bureaucrates».

Si vous êtes militariste, je suis sans l’ombre d’un doute une «peacenik sans cervelle inconsciemment alliée aux terroristes». Si vous êtes altermondialiste, pacifiste ou même — Kali m’en garde — tiersmondiste, je suis de toute évidence une «inconsciente aux tendances fascisantes qui se désolidarise des peuples opprimés par sa critique de la tolérance et son refus d’adhérer aux principes de la non-violence et du commerce équitable». Si vous êtes environnementaliste, je suis «une ennemie de la planète qui rejette le principe du développement durable et utilise des serviettes hygiéniques jetables».

Si vous êtes conservateur, catho, pro-vie et que vous avez les sacro-saintes valeurs familiales tatouées dans le front, j’ai bien peur d’être une «déviante homosexuelle pervertie et athée qui prône la dissolution des mœurs, qui se moque de l’autorité, de l’école et du drapeau, qui bafoue le mariage et la famille et qui se repaît du sang des bébés nés avant terme». Si vous êtes une féministe, je suis une «aliénée qui par son amour de la pornographie participe à la violence faite aux femmes». Si vous êtes un militant GLBT, je suis une «lesbienne qui devrait sortir pour de bon du placard et cesser de critiquer le mariage gay».

Si vous êtes un communiste libertaire, un anarcho-syndicaliste ou un mutuelliste, je ne serais pas surprise d’être une individualiste nihiliste, une apôtre de l’anomie, une primitiviste qui veut nous renvoyer à l’âge de pierre, une artiste déclassée qui préfère brûler une poubelle plutôt que d’organiser les masses en vue de la révolution, voire même une tête de linotte qui n’a rien compris de l’œuvre fondatrice de Proutedon, de Bakinoune et de Krotopines.

Enfin, si vous êtes un de ces hostie de cas rares adeptes de pureté de la race, de génocide et de marche au pas d’oie, je suis évidemment une «sale bâtarde chintoque qui vient voler nos jobs et souiller le sang de notre patrie» — si vous me poursuivez prévenez vos gendarmes que je n’aurai pas d’armes et qu’ils pourront tirer.

Si vous ne pouvez être classé dans un des tiroirs qui précèdent, il y a fort à parier que vous feriez un excellent amant ou une amoureuse magnifique. Le goût de jouir comme s’il n’y avait pas de lendemain me prend soudainement… êtes vous libres ce soir ?

Anne Archet
Pétroleuse nymphomane
Petite mère des peuples et
Grande timonière des masses ahuries »

Que je t'aime


« Dans les grandes foules artificielles, Église et Armée, il n'y a pas de place pour la femme comme objet sexuel. La relation amoureuse entre homme et femme reste extérieure à ces organisations. Même là où se forment des foules composées d'un mélange d'hommes et de femmes, la différence des sexes ne joue aucun rôle. Cela n'a guère de sens de se demander si la libido qui maintient les foules est de nature homosexuelle ou hétérosexuelle, car elle n'est pas différenciée selon les sexes et en particulier ignore complètement les buts de l'organisation génitale de la libido. »

(Freud, Psychologie des foules et analyse du Moi)

jeudi 7 décembre 2017

In bed with Proletariat


« N'être socialement rien n'est pas une condition humiliante, la source d'un tragique manque de reconnaissance - être reconnu : par qui ? - mais au contraire la condition d'une liberté d'action maximale. Ne pas signer ses méfaits, n'afficher que des sigles fantoches - on se souvient encore de l'éphémère BAFT (Brigade anti-flic des Tarterêts) - est une façon de préserver cette liberté. » 

(Comité Invisible, L'insurrection qui vient)

« Ces militants farouches, dans leur mépris de la bonne éducation et de "l'humanité" bourgeoise, sont pris d'amoureuses palpitations pour "l'humanité" de l'ouvrier, sa "virilité" simple, son caractère "concret" et son "authenticité". Selon eux, les ouvriers sont les "vrais hommes".  [Or], "si les auteurs socialistes attribuent au prolétariat ce rôle de signification historico-mondiale, ce n'est pas du tout parce qu'ils considèrent les ouvriers comme des dieux. C'est plutôt l'inverse. Dans le prolétariat pleinement développé se trouve pratiquement achevée l'abstraction de toute humanité, même de l'apparence d'humanité (...). Dans le prolétariat, l'homme s'est en effet perdu lui-même, mais il a acquis en même temps la conscience historique de cette perte ; de plus, la misère qui s'impose à lui inéluctablement (...) le contraint à se révolter contre pareille inhumanité " (La Sainte Famille). »

(Extrait du Cantique des cantiques ou l'ouvriérisme, in Écrits complets de la Section italienne de l'Internationale Situationniste. Traduction : Joël Gayraud et Luc Mercier)







Valeur d'échange, travail vivant

Jingle Bells (get prepared)


Makhno, à L'échappée


Présentation de l'éditeur

Nestor Makhno, protagoniste légendaire et damné de la guerre civile qui suit la révolution russe de 1917, déclenche un mouvement insurrectionnel autonome en organisant des paysans d’Ukraine qui brandissent bien haut le drapeau noir de l’anarchie. La « Makhnovchtchina » comptera jusqu’à 25 000 partisans et la fulgurance de son action n’aura d’égal que son courage à livrer bataille : contre les armées blanches, contre les nationalistes ukrainiens et finalement contre l’Armée rouge. C’est cette épopée grandiose qui nous est racontée ici.
Mais ce livre est aussi l’évocation d’un destin hors du commun, aussi tragique que celui du mouvement auquel il a donné son nom. Celui d’un homme, fils de paysans plongé au cœur de l’un des plus grands bouleversements de l’histoire, obligé de s’exiler loin des steppes qu’il a parcourues avec tant d’ardeur, et qui, après avoir erré de prison en prison dans divers pays, devint ouvrier chez Renault et mourut dans une extrême pauvreté. Voici l’un des épisodes les plus glorieux, et pourtant méconnu, de la mémoire des vaincus.

***

« Le point de vue de M. Menzies sur Makhno n’est pas celui d’un historien militant, mais celui d’un écrivain, un authentique écrivain, qui s’est passionné, sans s’aveugler, pour un homme dont la vie est un roman. Dans cet attrait, l’anarchie joue évidemment son rôle, la politique aussi, l’histoire de même, mais ce qui intéresse M. Menzies, c’est le tragique de l’homme face à sa destinée. »

(Freddy Gomez - À contretemps)

La vie liquide


« La modernité liquide ne se fixe aucun objectif et ne trace aucune ligne d’arrivée ; plus précisément, elle n’attribue la qualité de la permanence qu’à l’état d’éphémère. Le temps s’écoule, il n’avance plus. »

(Zygmunt Bauman, La vie liquide)

Nikos Romanos


mercredi 6 décembre 2017

Créolité


Présentation des éditions de l'Éclat :

Ce livre retrace la fabuleuse histoire de ces Juifs expulsés d’Espagne et du Portugal qui, au XVIe siècle, parvinrent à s’embarquer avec les grands explorateurs pour gagner clandestinement le Nouveau Monde et y devenir ... pirates !
À bord de leurs navires, La Reine Esther ou Le Prophète Samuel, ces aventuriers, qui continuent de pratiquer leur judaïsme en secret, sèment la terreur parmi les galions espagnols. Continuellement persécutés, ils trouvent finalement refuge en Jamaïque, où Christophe Colomb et sa famille offrent asile aux Juifs poursuivis par l’Inquisition…
Entre chasses au trésor, conquête des Amériques et récits d’espionnage, on découvrira dans ces pages une foule de personnages hauts en couleur, comme l’extraordinaire rabbin-pirate Samuel Palache, qui monte encore à l’abordage à 60 ans passés et fonde la première communauté juive d’Amsterdam. Ou les frères Moïse et ­Abraham Cohen Henriques, deux corsaires ­partis à la recherche de la mythique mine d’or de Colomb. On y croise aussi la flamboyante figure d’Antonio-Abraham Carjaval, l’agent secret de Cromwell ; ou encore Sinan, commandant de la flotte de Barberousse et ennemi juré de Charles-Quint.

Sur châssis chenillé


« Le lance-roquettes unitaire (LRU) a été développé par les États-Unis sur châssis chenillé BRADLEY M 270. Équipé d'un groupe motopropulseur de 500 chevaux et construit en Europe par la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie, le LRU équipe un régiment d'artillerie sol-sol. Adapté au contexte général des engagements actuels et futurs, le LRU est appelé à être engagé non seulement dans les conflits de "coercition de force", mais aussi dans un cadre général de "maîtrise de la violence", particulièrement avec des munitions de précision aux effets collatéraux réduits au maximum sans dégradation de leur efficacité (comme au Mali) ».

(source : Ministère des Armées)

Ça change quand même de Roland Simon !

Le néo-racisme gauchiste français expliqué à nos amis allemands


Über Nedjib Sidi Moussas La fabrique du musulman

Wie Muslime gemacht werden : 
Ein französischer Essay kritisiert die Konfessionalisierung der sozialen Frage.

Von Bernd Beier


Bereits das Cover des Buchs ist programmatisch. Es zeigt das Piktogramm eines Menschen, der sich von den Wurzeln löst, die ihn am Boden festhalten. Der Titel des im Verlag Éditions Libertalia in Paris erschienen Essays von Nedjib Sidi Moussa lautet »La fabrique du musulman«, was man am besten mit »Die Muslimfabrik« übersetzen kann. Es ist ein »Essay über die Konfessionalisierung und Rassifizierung der sozialen Frage«. Der 1982 in Valenciennes geborene Politologe stammt aus einer algerischen Familie, die, wie er schreibt, »aus Unabhängigkeitskämpfern ohne Unabhängigkeit« besteht und »aus von ihrer Revolution enttäuschten Revolutionären«. »Wurzeln« sind in seinen Augen nunmal keine politischen Kate­gorien, sondern Konstrukte, die die Individuen von der Emanzipation abhalten, seien sie solche der Herkunft, der Religion oder einer fetischisierten postkolonialen Identität.

Wie kommt es, so die Ausgangsfrage des Autors, dass in der öffentlichen Debatte die spektakuläre Figur des »Muslims« die des Arabers und des migrantischen Arbeiters ersetzt hat? Das liege, so die Schlüsselthese des Essays, an der »Auflösung der alten Arbeiterbewegung«, dem »Zusammenbruch der Institutionen, die ganze Generationen von Arbeitern – jeder Herkunft und Konfession – angeleitet haben«. Begleitet wurde diese Entwicklung von einer wachsenden Anzahl auch linker Zeitgenossen, die stets »den konfusesten oder reaktionärsten Thesen« besondere Beachtung geschenkt hätten. Die »Verbreitung religiösen, sektiererischen, identitären oder verschwörungs­ideologischen Geredes« habe allerdings nur Elend produziert und von Anfang an dazu beigetragen, »den Klassenkampf immer mehr zu verteufeln«.

Auf 147 Seiten beschreibt der Autor, wie seit ungefähr 15 Jahren konfuse und reaktionäre Thesen in Teilen der radikalen Linken aufgegriffen wurden. Dabei besitze doch gerade die Linke die Fähigkeit, »Debatten eine Zielrichtung zu geben« und »Zusammenschlüsse zu fördern«, um »den Kampf aller gegen alle auf ethnokulturellen Grundlagen zu verhindern«.

Brillant ist der Zustand der französischen Linken wahrlich nicht. In libertären, antifaschistischen und antirassistischen Milieus wird die Religionskritik unter dem Banner des Kampfs gegen die sogenannte Islamophobie immer stärker aufgegeben und lieber dem Obskurantismus gefrönt. Bündnisse mit Islamisten sind keine Seltenheit mehr. Ein wahres Highlight in dieser Hinsicht war die Kundgebung gegen »Islamophobie« nach dem Massaker in der Redaktion von Charlie Hebdo, auf der ein großes Transparent mit der Aufschrift »Touche pas à mon prophète« (Fass meinen Propheten nicht an) präsentiert wurde. In solch prophetophilen Anwandlungen erschöpft sich die Verwirrung keineswegs. In linken Milieus wird plötzlich über »Rassen« geredet, was bislang den Rechtsextremen vorbehalten war. An Universitäten finden Versammlungen statt, aus denen »Weiße« ausgeschlossen sind. Dies geschieht im Namen einer obskuren non-mixité, die einer reaktionären Rassenkunde zu entstammen scheint, während in »postkolonialen«, pardon, mittlerweile »dekolonialen« Zusammenhängen gegen »Mischehen« polemisiert wird.

Sein besonderes Augenmerk richtet der Autor auf die Netzwerke und Organisationen pseudo­linker Provenienz, die solche reaktionären Ideologien ausarbeiten und verbreiten. In Frankreich ist dies vor allem die Partei der Indigenen der Republik (PIR) mit ihrer medial präsenten Sprecherin Houria Bouteldja. Es ist ein kleiner, aber laut­starker Verein, dessen steile Thesen in linken Zeitschriften, Verlagen und Organisationen ein positives Echo finden. Das Ziel dieser vorwiegend aus Akademikern bestehenden Gruppe, eine politische Kampfansage an die Linke, formulierte Bouteldja in einem Interview mit der Zeitschrift Vacarme im April vergangenen Jahres mit bemerkenswerter Offenheit: »Die Themen, die wir anschneiden, spalten die Linke, was eines unserer Ziele ist: das politische Feld neu zusammenzusetzen, ausgehend von der Rassen- und der antiimperialistischen Frage.«
Wobei die kongeniale Vermischung von »Rasse«, Dekolonialismus und Antiimperialismus ­Sadri Khiari vom PIR zufolge ein »weltweites politisches Feld« strukturiert, rund um »den Zusammenstoß zwischen der weißen Macht und der indigenen politischen Kraft«.

Angesichts dieser ideologischen Verwirrung beharrt der Autor darauf, das Ziel seines Essays sei es, »die Emanzipation aller Ausgebeuteten zu ­unterstützen«. Die revolutionäre Theorie sei weniger neu zu erfinden als vielmehr wiederaufzu­finden, indem man sich beispielsweise auf Avantgardegruppen aus einem Jahrhundert bezieht, in dem nicht alles zu verwerfen war; etwa »Socialisme ou Barbarie«, »Noir et Rouge« oder die Situationistische Internationale.

La totale



« De plus, beaucoup de gens, comme partout en Europe, ont engagé des luttes particulières contre quelques aspects insupportables, très anciens ou très nouveaux, de la société oppressive. Toutes ces luttes sont nécessaires : à quoi bon faire une révolution, si les femmes ou les homosexuels ne sont pas libres ? À quoi bon être un jour libérés de la marchandise et de la spécialisation autoritaire, si une dégradation irréversible de l'environnement naturel imposait de nouvelles limitations objectives à notre liberté ? En même temps, parmi ceux qui se sont sérieusement engagés dans ces luttes particulières, personne ne peut penser obtenir une réelle satisfaction de ses exigences aussi longtemps que l'État n'aura pas été dissous. Car toute cette déraison pratique est la raison de l'État. » 
(Debord, Aux libertaires, avant-propos aux Appels de la prison de Ségovie, 1980)


« La totalité est la catégorie révolutionnaire en philosophie. » 
(Lukács, Histoire et conscience de classe)

Anticolonialisme


« Certains récits de l'histoire de France nous atteignaient avec une force bien plus grande qu'ils n'atteignaient nos camarades européens. Pour eux, 89 c'était de l'histoire ancienne. Pour nous, dans notre position de colonisés, c'était un éclair, le signe d'un avenir terrible et bienfaisant : l'orage d'une révolution qui serait un jour notre bien, le fruit de notre sol, et pas ce glorieux souvenir d'un passé aujourd'hui trahi, dispensé comme une ironique charité. »

(Kateb Yacine, Situation de l'écrivain algérien)

Aux suffragettes

Urbanisme


« Du côté de la RATP, on plaide non coupable. Pas question d’évoquer un dispositif anti-SDF. Selon la Régie, les sièges récemment installés à Stalingrad (chaises individuelles ou banquette de type "assis-debout") ne sont destinés qu’à expérimenter de nouveaux types de matériaux. "L’objectif est d’élargir les possibilités d’assise pour les voyageurs", indique-t-on, sans rire, dans l’entreprise de transport. »

(Le Parisien, 20 mars 2017)


« La douche anti-SDF ? Bien sûr qu’il connaît. Moggy, un sans-abri de 50 ans, passe ses nuits à côté. Il se lève et désigne l’entrée d’un parking souterrain : "C’est là." Quelques minutes plus tard, le dispositif se déclenche au passage d’un technicien en intervention dans le quartier. "Mais c’est quoi ce truc ?", lance-t-il. Le bas de son pantalon est trempé par les jets qui tombent du plafond et éclaboussent le trottoir. Ce système, installé au cœur de la capitale, près de la très commerçante rue de Rivoli, est dans le viseur de la Fondation Abbé Pierre. »

(id., 5 décembre 2017)

Loi du Marchais



Excédent utopique dans l'idéologie


« Des théoriciens comme Theodor Adorno et Herbert Marcuse ont émis des doutes sur le potentiel libérateur de la musique populaire en déclarant que le maintien d'une libération apparente est un point essentiel de la répression socioculturelle dans la société capitaliste. Vu la souplesse et la capacité d'adaptation du système capitaliste, toute création négative de la culture capitaliste est immédiatement privée de son caractère critique par le processus de commercialisation. De telles productions culturelles ne sont donc aucunement censurées, à condition de rester des articles de consommation et de contribuer ainsi au fétichisme généralisé de la marchandise qui est l'antithèse de la libération culturelle.
Depuis de nombreuses années, certains théoriciens de la culture ont avancé qu'il était trop schématique de construire des polarités typologiques comme le fait Adorno qui oppose le «kitsch» à l'«avant-garde» et le «profit» à la «culture». Adorno a un a priori en faveur de ce qu'il considère comme des formes transcendantes de l'expression esthétique (les formes européennes de musique symphonique) et cela est compréhensible en raison des conditions historiques qui existaient en Allemagne pendant ses années de formation, mais réduit en même temps plus qu'elle ne facilite l'étude de la culture et de la conscience populaires. Il est insuffisant, par exemple, de qualifier le jazz de «musique de danse qui a tenu trente ans et qui a maintenant capitulé devant les demandes du marché». La caractérisation de la consommation de la musique populaire comme un plaisir sensoriel maximisé, opposée à la «bonne musique» susceptible d'impulser une prise de conscience, est à nuancer. Il n'est pas aisé, contrairement aux déclarations d'Adorno, de distinguer «le sentiment qui anime le travail artistique» du «sentiment qui l'excite».
Des études récentes reprennent les analyses d'Adorno et de Marcuse pour décrire et expliquer une relation bien plus complexe entre formes culturelles et classes sociales. L'étude de la culture populaire en Grande-Bretagne a fourni notamment une explication historique plus complète sur les divertissements populaires. L'analyse montre en effet leur insertion dans la culture capitaliste tout en étant l'expression culturelle et esthétique de groupes sociaux spécifiques, avec ses intérêts et ses termes de références. »

(Larry Portis, Musique populaire dans le monde capitaliste)


________________________________
Note du Moine Bleu

L'article, dont provient l'extrait ci-dessus, est à retrouver ICI dans son intégralité. Par ailleurs, pour ceux qui lisent l'anglais, les camarades de DIALECTICAL DELINQUENTS ont mis en ligne l'intéressant chapitre du même Larry Portis issu de son livre French Frenzies, et consacré à ce qui expliquerait, selon lui, la pauvreté spécifique du rock'n'roll français. 
Toute la musique que j'aime...

lundi 4 décembre 2017

Lettre de Dakar

Omar Blondin Diop
(membre du groupe dit des Incendiaires
assassiné à la prison de Gorée, le 11 mai 1973)

« Celui-ci était réputé, dans les milieux de l'opposition, un "élément liquidationniste", selon les termes d'un des bureaucrates de l'ex-U. D. E. S [Union Démocratique des Étudiants Sénégalais]. Certains le traitaient d'anarchiste, sans même savoir ce que peut recouvrir un tel terme. Il avait effectivement claqué la porte de toutes les organisations par lesquelles il était passé : depuis les gauchistes du "22 mars" français, l'U. J. C. M. L. (autre groupuscule gauchiste), l'A. E. S. F. [Association des Étudiants Sénégalais en France] du P. A. I [Parti Africain de l'Indépendance] jusqu'au M. J. M. L [Mouvement des Jeunes Marxistes-Léninistes du Sénégal]. C'est seulement qu'il était assez honnête pour ne pas approuver ce qu'il considérait comme incompatible avec la révolution, et assez conséquent pour le manifester clairement. Et l'intransigeance qu'il exigeait des autres était d'abord une intransigeance avec lui-même. Sorti écoeuré de toutes ces expériences, d'autant plus qu'il avait connu les bordels institutionnalisés que sont les grandes écoles françaises, il avait gagné en désillusion, désabusement et radicalisme, ce qui l'amena à systématiser théoriquement les positions vaguement anti-hiérarchiques qu'il adoptait spontanément lorsqu'il fréquentait encore les groupements gauchistes. Ce qui gênait le plus le pouvoir et les élites en général chez Omar, c'était que ayant la compétence nécessaire et les possibilités matérielles d'"avoir sa place au soleil" (comme le lui dit Senghor lorsqu'il fut arrêté et qu'il faisait l'objet d'une misérable tentative de corruption !), il avait tout refusé et renié en vrac, et effectivement rompu avec la vie, les modes de pensée et de lutte propres aux élites. »

(Lettre de Dakar, par une Libre Association d'Individus Libres, Champ Libre, 1978) 

dimanche 3 décembre 2017

Pour Ari Rustenholz


samedi 2 décembre 2017

Two Tone

Valeurs actuelles

(Merci et salut au Marquis de l'Orée)

Futur antérieur


« Les barrières dressées entre l'avenir et le passé s'effondrent ainsi d'elles-même : de l'avenir non devenu devient visible dans le passé, tandis que du passé vengé et recueilli comme un héritage - du passé médiatisé et mené à bien - devient visible dans l'avenir. »

(Ernst Bloch, Le Principe Espérance)

« Sous l'uniforme, tu restes un travailleur ! »


Ci-dessus : « Religion des pauvres » (détail)

vendredi 1 décembre 2017

Commerce et convivialité

Psychopathologie de la France Insoumise

Un autre abécédaire est possible



« DELEUZE
plus bête que Guattari (voir Guattari)

GUATTARI
plus bête que Deleuze (voir Deleuze) »

(Jaime Semprun, Précis de récupération)

***

On est gentil, on vous épargne la lettre F.
Faites fonctionner votre imagination.
Ou pas.

Vocabulaire

ABLATION
(ci-dessus, à droite : chevalier racisé 
en butte à l'oppression royaliste, VIIème siècle )

« L'ablation est utilisée en médecine pour supprimer une partie du corps humain afin que l'homme ainsi amputé reste sain. Ce remède fut aussi employé par différentes sociétés afin de se prémunir contre le mal social ; ainsi la loi islamique prévoyait de couper la main des voleurs et la République française a tranché pendant très longtemps la tête de ses condamnés à mort. Mais pour en rester à ces deux exemples, la médecine restait étrangère à ces activités, confiées à ce qu'on appelait des bourreaux. Une attitude aussi scandaleusement non-scientifique ne pouvait durer, et aujourd'hui des médecins islamiques amputent les condamnés des États ayant rétabli l'antique charia tandis que d'autres médecins injectent le poison dans les veines de condamnés à mort américains. On ne saurait s'étonner de ces apparents excès quand la voie fut tracée impunément pendant si longtemps par ces bourreaux de la conscience malheureuse, qui de lobotomie en électrochocs et de camisole en neuroleptiques n'ont eu de cesse de supprimer l'effet, le mal individuel, en innocentant sa cause sociale. »


(Encyclopédie des nuisances ; dictionnaire de la déraison dans les arts, les sciences et les métiers, n° 9, novembre 1986) 

Se non è vero... (TC par TC)

Trouvé sur le blog Temps critiques

 Quand des communisateurs colmatent leur barque 

avec du racialisme

Aujourd’hui, pour nombre de communisateurs, les points de vue partiels ou particularistes de genre et de race viennent relayer et se substituer au point de vue ouvrier partiel qui le précédait jusqu’au début des années 70 dans le cadre de la théorie du prolétariat ; théorie de classe, « point de vue ouvrier » pour les opéraïstes. Là où il y avait hiatus entre prolétariat et communisme les « communisateurs » ont mis en place un concept qui, pour eux, leur permet de combler ce hiatus, mais en renvoyant tout à la structure impersonnelle du capital. Devant cette abstraction puissance élevée à la puissance dix mais laminée par le courant dominant des particularismes, la théorie communiste se mue en opportunisme par rapport aux différents points de vue partiels dont les vagues font peu à peu céder tout point de vue universaliste et « à titre humain ». Mais alors que la communisation, emplie d’althussérisme implicite — tout en étant un concept et un mouvement critiquable — restait encore dans le cadre de la critique du rapport social capitaliste, on ne voit pas ce qui pourrait relier les intersectionnalités désormais intégrées par Théorie communiste, avec la communisation, justement. Plus, il n’y a aucun rapport. Sauf à penser que les « racialisés » et les « genrisés » soient les nouveaux agents actifs de la communisation dont, pour la plupart, ils n’ont même pas l’idée parce qu’ils ne produisent aucune critique de ces mêmes rapports sociaux capitalistes ; sauf à croire que ce que TC nomme le « dépassement à produire » est déjà à l’œuvre dans les pratiques qui cherchent à rendre visibles les « discriminations » de genre, de race ou vis-à-vis des religions.

On savait depuis longtemps que la barque de Théorie communiste prenait l’eau et que Roland Simon se dépensait de tout côté pour colmater les brèches. Depuis quelques années maintenant, il avait intégré les théories genristes à son corpus faisant de l’abolition des différences « de genre » une des premières déterminations de sa révolution communisatrice. En 2014 j’avais analysé ce calfatage de la barque TC dans un des chapitres de « Le capital ne réalise pas la philosophie de Hegel » et dans une note de bas de page à la fin du chapitre, j’écrivais :  » Mais comme les luttes de classe de la période qui a suivi les restructurations des années 1970-80 n’ont pas « produit » la révolution communisatrice annoncée, Théorie communiste a récemment révisé sa définition du prolétariat en y ajoutant une composante genriste. Désormais, la communisation supprimera la détermination genrée du prolétaire (comme celle des autres individus) et donc, en attendant, les luttes de genre sont des luttes de classe, qu’on se le dise ! À quand l’autre révision nécessaire au mouvement du « dépassement produit », par la révolution des « racisés » ?

Et bien, aujourd’hui, nous y sommes.

Dans sa critique du livre « La fabrique du musulman » ainsi que dans d’autre recensions d’articles, Roland Simon tente d’éviter le naufrage de sa théorie classiste en intégrant les thèses racialistes et celles sur l’intersectionnalité. Bien sûr, il prend soin de se démarquer de la position des Indigènes de la République mais il ne la rejette pas, il avance seulement qu’elle est « à interroger ». Il n’hésite pas non plus à reprendre à son compte la notion inconsistante de « majorité communautariste » d’Irène Théry ; notion inconsistante aujourd’hui car lorsqu’elle a émergé elle était déjà dépendante des courants US sur les droits civiques qui concevaient alors les luttes citoyennes en terme de majorité et de minorité : les minorités de couleur opprimées contre les majorités blanches dominantes sans que les déterminants de ces deux catégories soient davantage explicités.

Le seul accord de Simon au livre « La fabrique du musulman », c’est…son titre. Détermination du rapport de production des divisions sociales oblige ! Théorie communiste reste structuraliste : tout est produit socialement, a été produit et doit être produit dans le futur. Ainsi, dans d’autres écrits de Simon, on apprend que le dépassement des divisions « culturelles » du prolétariat (la religion est assimilée à la culture) sera « un dépassement à produire » dans… la communisation.

À part son titre, Simon réfute l’essentiel du livre de Nedjib Sidi Moussa car il relève pour lui d’une conception unitariste et puriste de la classe ouvrière ; conception du passé qui a toujours sous-estimé, voire nié, les divisions nationalistes et racistes qui traversaient (et traversent encore) le prolétariat. Il cite plusieurs fois les massacres d’ouvriers italiens à Aigues-Mortes par les ouvriers français en 1893. Le racisme dans la classe ouvrière est donc socialement produit par les rapports capitalistes de production et de reproduction. Il est consubstantiel au MPC, mais, ajoute Simon (toujours pour se démarquer des Indigènes)… il n’est pas à l’origine du capitalisme ! Plus que jamais acharné à trouver dans le moment politique présent des contenus qui vont permettre à la forme du prolétariat-sujet-révolutionnaire de se nier dans la communisation à venir, Simon prêche le soulèvement de l’infrastructure. Son zèle communisateur tend à sous-estimer les déterminations majeures qui opèrent dans le capital aujourd’hui : l’individu (totalement absent ou bien négligeable car relevant de « la subjectivité »), l’État-réseau (pour Simon l’État c’est toujours l’État-nation bourgeois mais « dénationalisé »), les technologies (totalement absentes aussi), l’Islam (la religion c’est « culturel », donc c’est de la superstructure…), les réseaux, etc.

Tant la barque prend l’eau qu’à la fin elle coule…

JG